Quatuor à voix
Cette fois, c’est l’opulence! Et ce n’est pas étonnant car avec toutes ces dégustations, les coups de cœur s’accumulent, et… en voici donc quelques-uns. Ce titre, il m’est venu du fait que trois des vins dont je vous parlerai sont de véritables ténors, enthousiastes et chaleureux, qui dès qu’on leur donne la parole entament haut et fort un discours à n’en plus finir où le fruit franc, juteux, exubérant, prend toute la place. En clair, ce sont des vins qui vous en mettent « plein la bouche », et au point où on n’hésiterait pas à les prendre seul, pour eux-mêmes, comme alcool de détente et de méditation. Et le quatrième? Eh bien celui-là est à placer aux antipodes du comportement que je viens de décrire. Il porte un nom très… féminin et le ton sur lequel il vous aborde est tellement doux, suave et mélodieux, on croirait une diseuse qui vous chuchote une histoire qui finit bien… Mais, venons-en au fait : mon premier est blanc, Argentin, élaboré avec un cépage très aromatique, le Torrontes. Je vous le recommande pour accompagner ces sandwichs « confort » et « épais comme ça » du dimanche midi : saumon, fromage, tomates, laitue, échalotes et tutti quanti : ses puissants arômes de miel de fleur et de fruits à chair blanches sauront tenir tête j’en suis sûr : Torrontes Etchart Cafayate 2008 (283754 – 13.45$).
Les deux autres sont rouges et Californiens. D’abord, le Zinfandel St-Francis Old Vines Sonoma Californie 2005, (421974 – 25.10$) a été dégusté au cours d’un match comparatif qui regroupait une dizaine de ses semblables : il s’en est sorti comme un chef! Gorgé d’arômes de fruits noirs transformés qu’enjolivent de sympathiques notes vanillées, la texture en bouche est impeccable et la persistance remarquable. Le suivant est un vrai « snoro »; et si vous ne le connaissez pas déjà, sachez que vous n’avez plus une minute à perdre : Petite Syrah Foppiano Russian River Valley Californie 2004 (611780 – 22.05$ : on en trouve rue Labelle, de même qu’à Saint-Janvier). Il est tellement gorgé de fruit rouge, ce vin, qu’on a l’impression d’en manger et c’est convaincant au point où à chaque fois qu’il réapparaît sur les rayons, ce n’est que pour quelques semaines… Oups, terminé, tout vendu, merci et à la prochaine!
La classe signée LAGEDER
Nous nous sommes attablés devant ces assiettes pleines de crevettes et d’énormes pétoncles, j’ai versé le vin, on a trinqué, goûté, puis elle m’a demandé « Et on boit quoi, là? » « Alois Lageder ma beauté! » « Ok! Pas étonnant que ce soit si bon alors » qu’elle a conclu. Alois Lageder, ça se prononce « alloïsse laguedère » : le monsieur est Italien du Sud Tyrol, il fait six pieds cinq pouces, a les traits germaniques, les cheveux bouclés, il est si timide et souriant qu’on jurerait que de toute sa vie, il n’a jamais levé le ton. Préoccupé d’environnement quinze ans avant tout le monde, il élabore ses vins comme un poète écrit ou comme un artiste peint… Cette merveille de finesse s’appelle Etelle Vigneti delle Dolomiti 2006 (743500 – 23.10$). Fait de pinot gris et de chardonnay, c’est tout en courbes, en demi-tons, gorgé d’arômes de poire, de pêche, et de melon…
Raymond Chalifoux
Novembre 2008
Publié dans le journal Le Mirabel
Tous droits réservés ©
|